Voilà bien longtemps… trop longtemps même que je n’étais pas venue écrire sur mon blog…

J’attendais ce moment si particulier qui est arrivé, cette nuit si particulière… Après neuf mois… neuf mois d’incertitude. Un garçon, une fille? Comment ça se passera? Vais-je réussir à réaliser ce que je m’étais promis? Où serais-je? Avec qui?

Neuf mois, passés en compagnie de J.T. que je n’oublierai jamais pour tout ce qu’elle m’a donné comme force, comme confiance, comme parole. Quand j’avais besoin d’elle, elle savait trouver les mots pour me faire comprendre tout ce qui se mettait en place au creux de moi.

Neuf mois intenses, durant lesquels je ne réalisais pas tout à fait que j’allais avoir un bébé. j’étais enceinte et j’allais accoucher, cest tout ce qui comptait.

Réparer, faire le deuil, passer à autre chose… J’avais besoin d’un accouchement… de cet accouchement.

Mais je dois préciser que sans la grosse mésaventure qui s’est passée pour mon premier accouchement, je ne me serai jamais autant renseigné, je n’aurai jamais autant lu, j’en aurai jamais autant appris sur le monde magique de la naissance… et je n’aurai jamais autant compris que je n’avais pas à vivre ce qui s’est passé.

Soit, le deuil a été long, dur et difficile. Mais il s’est fait au cours de cette nouvelle grossesse… C’était décidé, coûte que coûte je ne me laisserai pas faire.

Tout était prévu, calculé au millimètre près… Avec des changements en cours de route, et jusqu’au bout… Parce que c’est idiot de prévoir, on ne prévoit jamais… On ne sait pas ce qui peut changer, ce qui peut arriver.

Mon rêve? Un accouchement à domicile. Avec J.T. Déjà, de prime abord, ça n’avait pas été possible… même si… Elle prévoyait peut-être dans un rêve incertain de venir m’assister en Tunisie… je pensais à un voyage en France, accoucher dans un gîte… les solutions auraient pû être immenses… Mais au final, bien irréalisables…

J.T était là, et est toujours là. Sa présence est autour de moi, je la sens. Et puis, il y a eu notre déménagement en France. Mais trop loin de chez elle. Pas de sage-femme disponible pour m’accompagner vers ce moment magique et unique… je me suis faite à l’idée d’aller à l’hôpital…

Je suis allée, la première fois, notez bien… Un 30 Décembre. Le 30 Décembre 2008. J’y ai rencontré une équipe de sage-femme toutes plus charmantes les unes les autres… Et pourtant, même dans cet espace chaleureux, je ne me sentais pas à l’aise, j’avais peur… Je pleurais même, et je me disais intérieurement que je ne me voyais pas accoucher ici…

Et puis, peu à peu, je me suis faite à l’idée. Je finissais par me convaincre que j’aurai mon accouchement à domicile pour mon troisième… J.T me remontait le moral et me dépeignait un tableau du monde hospitalier plutôt plaisant. Je me sentais quasi-prête à affronter les blouses blanches… Un monde qui me semblait, hier encore, tellement dépourvu de sentiments humains…

Nous sommes Jeudi 29 Janvier au soir… Il a fait beau toute la journée… Un jour de grève générale. Je venais de recevoir ma machine à laver… Le repas est terminé, la vaisselle est faite. On regarde les infos de France 2 sur internet… Et on file se coucher… Demain, la journée sera rude… Hichem a des rendez-vous à droite et à gauche, et on a tellement de choses à faire.

Pas la peine d’y songer trop. Vers minuit passée, une douleur me réveille. Une douleur et une impression de déjà vécue. Mais je suis épuisée pour m’attarder sur le sujet, je me rendors.  Réveillée, à nouveau par la même douleur, je commence à comprendre, mais je n’y crois pas trop… J’ai tellement paniqué à l’idée d’accoucher par déclenchement… Je reconnais bien la douleur. J’avais les mêmes pour la naissance d’Abdou… Je réalise pas tellement que ça veut dire que c’est le grand jour… Ou le grand soir, plutôt…

Je me lève, Abdou se réveille en même temps que moi. “Maman, regarde mon lit.” Qu’il me dit… ça, c’est le signe d’un pipi au lit… Aurait-il senti quelque chose, lui aussi? Je le change et l’envoie se coucher à ma place à côté de son père. Je me mets devant l’ordi. J’attends… J’attends quoi? Qu’Amélie se réveille et me rejoigne? Elle est tout le temps très tard sur le net, j’espère que ce soir aussi… En effet, après quelques minutes, elle arrive… Je l’informe. Elle arrive à chronométrer les contractions, moi j’y arrive pas, ça me parait tellement irréel… Elle me dit que j’en suis à une contraction toutes les 4 minutes… J’ai du mal à la croire, et j’ai du mal à tenir devant l’ordi… Je lui dis au revoir et file prendre un bain… Dans le bain, entre deux contractions, j’appelle ma mère… Le bain me détend… Peut être un peu trop… Les contractions commencent à être vraiment douloureuses, je me mets à gémir… Je sors du bain, et je réveille Hichem.

Il me demande s’il a le temps de prendre une douche pour se réveiller complètement, je lui dis que oui, de toutes façons, il faut que je m’habille… Je bataille pour m’habiller entre deux contractions, que je passe dans la chambre d’Abdou (qui est vide du coup), pour éviter de le réveiller… Je sens que ça s’accélère, et je me dis qu’il faut qu’on file à la maternité, je veux savoir où j’en suis, combien de temps ça va durer… D’un autre côté, je suis mitigée, parce que je veux partir au dernier moment, je veux pas rester des heures en salle de travail… Et là, il est seulement 2h15, donc le travail a commençé il y a deux heures à tout casser… C’est peu… J’ai encore du temps, trop de temps!

J’arrive pas à m’habiller… j’ai vraiment du mal, et je fais les allers-retours : ma chambre pour m’habiller, la chambre d’abdou pour crier dans les couvertures au moment des contractions.

Jusqu’au moment où… Où le taxi est devant la maison et nous attends, que je suis enfin habillée, qu’Abdou est réveillé et prêt à monter dans le taxi… Je ne peux plus bouger… Une contraction d’une force monumentale me prend, j’en glisse par terre… Je retrouve la force de me carapater aux toilettes… Et là, je trouve… du sang. Pas grand chose, quelques gouttes. Je touche pour vérifier mon col… Ce n’est pas le col que je trouve, mais une tête… c’est à partir de là que tout devient réel…

Hichem me demande si je peux monter dans le taxi, je lui réponds que non, que c’est trop tard, il arrive, il arrive, il arrive… Hichem renvoit le taxi… et me sort des toilettes. Je file vers le salon qui n’est pas vraiment aménagé… La seule pièce que je peux « salir » sans rien craindre… Je ne peux plus me retenir… Je sens qu’il faut que je pousse… Je me mets par terre, je ne me souviens pas quelle position exactement, d’abord à quatre pattes, et ensuite ? Je prends une grande inspiration, je pousse en criant assez fort, et je réceptionne le bébé entre mes mains… Je n’aurai poussé qu’une seule fois. Une seule fois, et une boule chaude qui tombe dans mes mains, mon bébé, mon cœur, mon amour… Je le ramène par devant, je suis accroupie, je l’enroule dans mon T-shirt, et là, je le vois… je le savais… C’est un garçon. Je sentais que c’était un garçon, un beau garçon tout chevelu. Il est au creux de mes bras. J’entends mon mari qui me félicite, je le sens un peu paniqué… Pendant quelques secondes, c’est la magie autour de moi… Je regarde mon bébé… Puis je vois tout ce sang par terre… Je n’avais jamais imaginé qu’on pouvait saigner autant pendant un accouchement. Pour Abdou, je n’avais rien pû voir…

Je regarde mon mari en lui disant que c’est un garçon, c’est Elyess, c’est bien ça qu’on avait choisi comme prénom, non ? Hichem n’a pas la force de répondre, il me regarde en souriant… Je demande où est Abdou, il arrive, il n’ose pas trop approcher. Je lui dis que c’est fini, que je n’ai plus mal. C’est bizarre…

Maintenant, il faut s’occuper de tout ça… Je sais pas trop quoi faire… Elyess pleure, Hichem me dit de l’allaiter… Ce que je fais. Il est dans une serviette, dans mes bras, mais le cordon est toujours attaché, et assez court, il faut couper le cordon. Hichem est en train d’appeler ma mère, il est 2h45 du matin…

J’arrive à allaiter Elyess, un tout petit peu. Il est encore pleins de liquide, et un peu de sang. Il est beau, j’en reviens pas. Il a beaucoup de cheveux… Ma mère arrive, est-elle paniquée, j’ai l’impression… Je lui dis « Voilà Elyess », je ne me souviens plus de sa réponse. On décide de couper le cordon, il est trop court, je ne peux pas bouger comme je veux… Hichem trouve une ficelle pour le clamper, je la noue autour du cordon, un coup de ciseaux de la part du papa… Je ne sais pas s’il le sait mais c’est un acte qui reste profondément marqué dans ma mémoire, et qui a une grande signification pour moi.

On finit par appeler le SAMU.

Ils arrivent, avec les pompiers. Elyess est dans une serviette de bain… J’avais lu tellement de récit où les pompiers réchauffaient les bébés avec des sèches-cheveux, que je me préparais à mordre… Mais non, ils ne l’ont pas fait. Ils avaient un petit matelas chauffant pour poser Elyess. Ils l’ont habillé, et l’ont posé contre moi. M’ont proposé du peau-à-peau, mais il y avait trop d’hommes dans la pièce, je ne voulais pas me déshabiller.

C’est le SAMU qui a fait la délivrance, dans ma chambre à coucher. La délivrance n’est vraiment pas une partie de plaisir, j’en garde un mauvais souvenir pour Abdou. Mais là, elle s’est faite toute seule. Ils ont à peine tirer sur le cordon, le placenta est sorti… ouf.

On m’embarque dans l’ambulance pour me transférer à la maternité… Je ne suis pas convaincue d’y aller… Tout va bien, bébé est là, en bonne santé, moi aussi… Tout va bien. Ils insistent. J’ai pas la force d’argumenter encore et encore… On y va.

Arrivée là-bas, je suis la star, bien sûr… Un accouchement super rapide, et à la maison. Les sage-femme me félicitent même, avec un peu d’humour : « alors, on veut se passer de nous ? ». Une sage-femme m’a même dit que c’était préférable pour les femmes qui n’avait pas de grossesse à risque d’accoucher à la maison. Que les hôpitaux étaient trop pleins, qu’elles avaient trop de travail… Tu m’étonnes, un lendemain de grève générale ;)

Je leur dis que je suis tout à fait d’accord avec elles, que c’était mon souhait d’accoucher à la maison au départ… Mais en présence d’une sage-femme.

J’ai une petite déchirure superficielle qu’elles me recousent sans que je ne sente rien, malgré l’appréhension qui m’habite. Le séjour à la maternité dure plusieurs jours, j’en peux plus… Même si… pour moi ce n’est pas une maternité, c’est un hôtel grand luxe.

Je suis dans une chambre toute seule, la nourriture est bonne, tout est propre, les puericultrices me laissent agir à mon aise avec bébé… Je n’arrive pas à sortir aussi tôt que je le souhaite… Mais, je sors quand même un jour avant.

Et nous voilà, à la maison tous les quatre. Pour une nouvelle vie… jusqu’à celle qui arrivera à 5, INCH’ALLAH !