On passe à côté comme si on ne les voit pas. On est gêné, mais ils sont là. Après être passé près des transparents visibles, les commentaires vont bons trains. Ce sont des fainéants, qui n’ont rien trouvé de plus simple à faire que de rester là, derrière leur petits écriteaux où leur misère est représentée par trente fautes d’orthographes.
On ferme les yeux, et surtout on se donne bonne conscience en se disant que si on donnait à chaque transparents visibles, on se retrouverait bientôt comme eux!
Ils n’ont qu’à travailler! N’ont-ils pas honte de nous faire honte?! Pourquoi ils ne se sont pas remué plus tôt? N’y sommes nous pas arrivés, nous? Alors pourquoi nous et pas eux?

C’est tellement de simple de juger… Tellement facile de fermer les yeux et de serrer dans son poing la pièce de 20 centimes qui traine dans la poche… Tellement plus agréable de ne pas se poser de questions et de continuer son chemin.

Mais plus sincérement, combien d’entre nous, en les voyant si souvent s’est posé la question : “qu’est ce qui l’a amené là? qu’est ce qui a bien pû lui arriver, pour renier jusqu’à sa dignité?”
Est-ce que les transparents visibles n’avaient pas une dignité quand ils étaient encore des gens à regarder? Pourquoi ils ont passé la barrière? Pourquoi c’est plus simple pour nous de fermer les yeux, plutôt que de leur tendre un sandwich, une bouteille d’eau, un sourire, de la reconnaissance.
Pourquoi s’arrêter à ne pas les voir, continuer nos discussions, alors que nous sommes gênés…
Faire semblant : ils sont là, mais ils n’existent pas…

Le désespoirs commence comme ça…
Imagine-toi, entourée, mais personne ne te parle. Les gens te voient, mais parlent à la personne derrière toi. Personne ne vient demander de tes nouvelles. Pourtant ton arrivée dans cette pièce a créée un froid, tu l’as ressenti… Ils font comme s’il n’y a rien… Mais tu ressens que c’est du pipeau… Et personne ne te parle. Tu es transparente, et tout le monde te voit…