Trop… Trop de bonheur, trop de fierté.
Je ne peux pas oublier, et je ne peux pas m’empêcher de revivre dans l’imaginaire les dernières minutes avant l’arrivée d’Elyess.
Je n’arrive pas à mettre des mots dessus, simplement des images, des sensations encore tellement forte au fond de moi. Une seule et même question qui tourne dans ma tête… Comment réussir aussi bien pour le suivant?
Il y a des choses qui viennent spontanément, des gestes, des sensations… Et finalement, on a besoin de personne.
Il a suffit que je sente sa tête avec mes doigts pour savoir que je ne bougerai plus de chez moi. Que ça pouvait prendre le temps qu’il faudra mais que je ne pourrai plus sortir.
Je savais, grâce à J.T, que je pouvais prendre tout mon temps pour le faire sortir, que je n’avais pas besoin de pousser comme une forcenée, que ce moment était mon moment… Le dernier pour être trois avant de passer à quatre… C’était donc tout à fait légitime de prendre le temps dont j’avais besoin.
J’ai l’impression, avec le recul que j’ai bien pris ce temps. C’est comme si tout s’était arrêté, et que j’attendais un signal venant de moi-même qui me dise : “c’est maintenant, pousse…”
Pas de sage-femme, pas de machine, rien… Mon corps, mes sentiments et c’est tout. C’était le moment. Vers 2h40, si j’en crois mon intuition… J’ai su toute seule, comme toute les femmes savent toutes seules. Mais elles ont oublié qu’elles savent connaître les signes de leur corps.
C’est vrai, je m’en rends compte maintenant… Comment une femme extérieure, même spectatrice du grand moment qui se déroule devant ses yeux peut savoir mieux que l’accouchée que c’est le bon moment pour elle?
Alors, ce fut à ce moment-là que le bon moment est arrivé. Et c’est là que tout se brouille… Elyess est arrivé si vite, si vite… Que j’ai oublié presque comment je l’ai rattrapé, ce que j’ai regardé, ce que j’ai fait. J’ai juste vu un bébé, une tête noire chevelue, un petit ange au creux de mes mains. J’ai juste entendu tout de suite ses petits pleurs plaintifs, et une belle couleur rose sur ses joues.
Ses pleurs… pendant une bonne partie du neuvième mois, j’imaginais que la plus belle chose pendant l’accouchement c’est l’arrivée de ce bébé qui pleure. Imaginez, la maison est d’abord calme, le grand frère dort profondément, ainsi que mon mari. Puis c’est la tempête en moi… Et j’amène la tempête avec moi dans ma maison par mes plaintes qui me soulagent. Et puis c’est à nouveau le calme, brisé par une nouvelle voix. La quatrième de la famille. Et cette voix est magique.
La chaleur de son petit corps entre mes mains ou sur ma poitrine pour l’allaiter. Mes doigts qui passent dans sa bouche pour vérifier qu’il n’y a rien qui l’empêche d’avaler. Les mains de mon mari qui coupe le cordon et porte le bébé contre lui. La voix de mon mari qui récite l’appel à la prière dans l’oreille de mon fils, il n’a que quelques secondes, même pas une minute. C’est magique, c’est tout simplement du bonheur à l’état naturel… Qu’imaginer de plus?
On veut faire toujours mieux, aller toujours plus haut… Pouvais-je à un seul moment espérer que Dieu me donne autant que cela?
Je ne peux pas tourner la page de cet accouchement magique. J’aimerai le revivre à l’infini, mais ce n’est pas une chose possible… Et j’ai encore tellement à découvrir avec Elyess et Abdou en grand frère de plus en plus attentionné…
Comblée, comblée et tellement fière…

(petit jeu : c’est quoi que cette photo?? alors? vous savez??)